mercredi 19 janvier 2011

DE QUEL GOUVERNEMENT DE TRANSITION AVONS-NOUS BESOIN?

Je viens de réécouter l'interview de Nessma à M. El Béji Caïd Essebsi. Outre les informations qu'il a données sur la capacité de nuisance qui se terre encore au palais de Carthage et malgré le fait que c'est sous le régime de Bourguiba dont il a été le ministre de l'intérieur pendant 13 ans que j'ai été jeté en prison pour mes opinions politiques, je ne peux m'empêcher de partager son analyse de la situation et d'être d'accord sur la nature de l'urgence qui doit nous préoccuper. Deux points évoqués dans son interview méritent réflexion:

Le premier est relatif à l'urgence de remettre notre pays sur pied. Ce point je l'avais évoqué il y a déjà quelques jours et je l'ai repris dans l'article précédent. Il s'agit de l'urgence de rétablir la sécurité et la protection du citoyen ainsi que la reprise du travail et la relance de notre économie.
    Dans les conditions actuelles, la solution de la question de sécurité demeure épineuse. Elle mérite plus de réflexion surtout quand on sait combien la capacité destructrice des chiens de garde de Ben Ali au Palais de Carthage continue encore à nous menacer. Mais j'ai confiance dans la capacité de notre armée républicaine qui finira par l'anéantir. Et je pense que M. Caïd Essebsi a raison quand il urge les responsables actuels d'interroger l'assassin Sriti (et les autres) et d'obtenir de lui les renseignements qui pourraient aider l'armée à venir à bout des assassins du Palais de Carthage.

    Quant au deuxième volet relatif au fonctionnement de l'économie, des services et des secteurs sociaux, je continue à penser que nos cadres supérieurs, tant dans le secteur public que privé, sont en mesure d'assurer la reprise et la gestion des affaires courantes dans ces domaines immédiatement. Ceci peut se faire sans grande difficulté grâce aux cadres dont dispose la Tunisie. Un grand nombre de ces cadres que ce soit dans le secteur de l'administration, de la justice, de la santé, des finances, du commerce, de l'agriculture ou de l'industrie sont non seulement compétents, mais également intègres, dévoués et aussi patriotiques que vous et moi.  Leur confier la gestion des affaires économiques et sociales courantes du pays est faisable.

    - Le second point est relatif à la nature et à la mission du gouvernement de transition.
    Ce gouvernement doit être un gouvernement d'union nationale. Cela veut dire un gouvernement qui ne doit pas d'emblée et forcément exclure toute participation du RCD en son sein pour 2 raisons: d'abord parce que les militants/adhérents de ce parti (on parle de 2 millions) ne sont pas tous des pourris et qu'ils ont donc le droit d'être représentés dans cette formation et ensuite parce qu'on a besoin de la mémoire institutionnelle du RCD pour mener à bien la mission de ce gouvernement. En d'autres termes, je ne suis pas sûr que le refus inconditionnel de toute participation du RCD dans le gouvernment de transition soit vraiment le choix raisonnable et utile. Par contre je suis tout à fait sûr et convaincu qu'aucun des postes clés (notamment la défense, l'intérieur, la sécurité, la justice, les affaires étrangères et les finances) ne doit être laissé entre les mains des représentants de l'ancien régime. Tout au contraire, ces collaborateurs du régime de Ben Ali doivent se mettre entièrement à la disposition des membres du gouvernement de transition pour répondre à toutes leurs demandes et leur permettre d'exercer efficacement et rapidement leur mission.

    La tâche du gouvernement de transition doit se limiter à créer les conditions nécessaires pour l'organisation des élections présidentielles et législatives dans un climat de liberté et de transparence totales. Ces conditions incluent, entre autres, la promulgation d'une loi d'amnesty générale, la revision du code électoral et la revision -voir l'élaboration- d'une nouvelle constitution. Le travail des trois commissions annoncées par le gouvernement actuel sont très importants et doivent servir d'appui au travail du gouvernement national de transition (GNT)qui recevra l'appui du peuple.

    C'est dire que 1) on n'a pas besoin d'un gouvernement classique qui place des ministres à la tête de tous les ministères; 2) la mission du  GNT doit être spécifiquement limitée à la préparation d'un cadre juridique juste et à la mise en place des conditions et des moyens nécessaires pour organiser, dans un climat de sécurité, des élections libres, transparentes et démocratiques; 3) le mandat du GNT doit être limité dans le temps (6 mois) et pour finir 4) accompagner tout ce processus par un mécanisme qui permet au peuple tunisien de suivre en toute transparence le déroulement des travaux du GNT tout au long de son mandat.

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